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Une brume légère s’est levée sur la Bocca, cachant le reste de la
flotte même aux yeux perçants de Carvalho. Se tenant droit aux côtés du Haut
Amiral, Enrique Orduno, il porte avec fierté son nouveau uniforme d’Amiral.
Il regrette l’absence de Feresta, mais si avec l’aide de Théus ils dégagent
La Pasienga, il aura fort à faire sur place, avant de reprendre un
commandement, probablement avec le grade de Vice-Amiral. Sur le pont de
l’immense « Corazon de Castille », tout l’équipage s’est réuni.
Des chaloupes vont et viennent pour porter les derniers ordres avant la bataille
imminente. Les bruits de discussions baissent, puis cessent. Orduno s’avance
sur le haut du château arrière, avant de s’adresser aux hommes, Carvalho à
sa droite et le Padre Ignacio à sa gauche.
« A vous tous, officiers et
sous-officiers, soldats et marins, intendants et mousses, je m’adresse
aujourd’hui. Comme vous le savez, nous somme à présent à moins de trois
heures de La Pasienga. Entre le port et nous se trouvent les forces
montaginoises de l’Amiral de Jemeppe. Elles sont notre cible prioritaire. Voici trois
ans que les montaginois ont attaqué notre mère patrie. Trois ans que nos force
terrestres se battent avec acharnement contre un ennemi largement supérieur en
nombre. Trois ans que vous-mêmes faites votre devoir en pourchassant
l’ennemi. Trois ans que la population de Castille, soutenant notre bon Roi
Sandoval endure toutes les privations pour sauver notre nation. Montaigne n’a
jamais été aussi puissant, et notre pays n’a plus été autant en danger
depuis l’occupation Croissantine. Mais les événements récent ne doivent pas nous faire oublier la grandeur de la Castille. Depuis des siècles, nos érudits travaillent à rendre chaque jour la vie de chacun plus facile, nos navigateurs écument les mers connues et inconnues, et notre mère l’Eglise veille sur chacun de nous. Notre pays, loin de ses déboires actuels, a une longue tradition de grandeur. Et notre marine a une longue tradition de victoire. Voilà ce
que, pour les gens de La Pasienga, pour nos valeureux soldats, pour nos parents,
nos épouses, nos fils et filles, pour toute la population de Castille nous
avons a perpétuer aujourd’hui, ce pour quoi je compte sur chacun de vous :
Une tradition de victoire ! »
Un immense hourra clôture le discours, tandis que le Padre s’avance à
son tour, pour célébrer une action de grâce. Agenouillé aux côté du Haut
Amiral, Carvalho retient ses larmes, tandis qu’il reçoit la bénédiction des
mains du Padre.
Alors que les chants retombent, les quarteniers donnent tour à tour
leurs ordres, tandis que sont dressées les grandes voiles du vaisseau amiral. N’attendant
que ce signal, c’est toute l’Armada qui se met en mouvement. *********** Du déroulement de la bataille pour La Pasienga, Carvalho n’a gardé que quelques souvenirs, l’intense sens du devoir qui semblait animer chaque marin, chaque activité, la plus bénigne soit-elle, les cris de joie lancé des fortins du port à l’arrivée de la flotte, la victoire qui fut chantée de nombreux soirs, et qui figurera dans les livres d’histoire. La victoire de Carvalho, c’est d’avoir rendu l’exploit d’Orduno possible, et d’avoir simplement été là pour la voir. Lorsque à la fin de la journée, l’ennemi vaincu, le vaisseau amiral ennemi coulé et De Jemeppe lui-même capturé, Carvalho avait pu enfin enlever son uniforme noire de suée et de crasse, il en était tombé une petite pièce verte. Il avait ramassé le trèfle à quatre feuilles, et avait dédié sa modeste part de victoire à un acteur dont le rôle resterait à jamais absent des livres d’histoire. |