Les Parts des Ténèbres
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Chapitre 1 : Der Alte

Bremen, 23 âmes, Koningrei de Fischler, tombée de la nuit…

Malgré le printemps annoncé, la nuit est plus froide et plus sombre que jamais à Bremen. Le sol encore neigeux par endroit reste dur comme de la pierre sous les nombreux pas légers de la colonne. Alentours, il semble que tout se soit arrêté avec le crépuscule. Nul animal, aussi prédateur et désespéré soit-il, ne s’est aventuré dans la vallée cette nuit. Les silhouettes des rares constructions restantes se découpent assez clairement sur le ciel étoilé malgré l’absence de la Lune. Ce soir, Bremen est pareil à des centaines d’autres villages, hameau pathétique, havre de vie déserté durant la guerre, jamais repeuplé depuis, et où ne restent barricadés que des vieillards et des femmes.

-         Mais tu vois, Gien, demain, il ne s’agira plus que d’un nom sur une carte, ultime épitaphe d’une communauté décimée.

La voix qui s’est exprimée, calme et plus profonde encore que le silence, semble plus sortir des vastes replis de l’ample robe que de la bouche même de la silhouette élancée qui semble parler dans le vide. Nul partenaire en effet pour commenter ou répondre, nul public pour constater le cynisme tranquille.

            Inexorablement, la colonne s’est rapprochée, et de nombreuses silhouettes commencent à se répartir dans le village. Le silence devient lourd, pesant tandis que sur une colline proche, l’étrange observateur continue son monologue mélancolique :

-         Nous sommes loin de leurs demeures, pourtant, Il a du les pousser jusqu’ici… Qu’importe de toute façon, il est trop tard pour Bremen…

Un long soupir se fait entendre, avant que l’observateur conclusse :

-          Pour nous tous peut-être aussi ?

Le son semble en un coup reprendre ses droits, tandis qu’éclatent des cris divers, et que de lourd coups se fond entendre contre les portes. Le bois craquant, cent fois réparé, ne tarde pas à céder, laissant les Kobolds pénétrer dans la demeure dans un sanglant désordre. A leurs cris de joies ne tardent pas à se mêler ceux de terreurs des habitants.

-         Partons, Gien, nous n’avons plus rien à faire ici. La nuit ne fait que commencer, mais nous avons du chemin à parcourir.

Tandis que Bremen sombre lentement dans la mort, une silhouette encapuchonnée d’une maigreur effrayante, drapée dans une large robe de bure, s’éloigne doucement sur la route, tenant dans sa main droite une longue crosse en bois.

Campement proche de Sharburg, 17 âmes, Koningreï de Sieger, une heure plus tard…

            Le feu crépitant semble générer plus d’ombre que de lumière autour des trois gardes du marchand Dietrich Fogel. Cherchant par n’importe quel moyen à conjurer le froid mordant, ils ne cessent de faire les cents pas, respirant lentement sous leurs lourdes capes. L’épée brandie, ils scrutent intensément la nuit, en venant presque à préférer le danger d’un combat possible à l’attente glaciale actuelle. Recroquevillés pêle-mêle sous des peaux d’animaux, les autres gardes et gens du marchand ont sombrés dans le sommeil, sous le regard envieux des guetteurs.

-         Tu as raison, Gien, il ne regardent pas du bon côté. En Eisen, c’est la terre elle-même qui est noire. Va donc, et dit moi ce que tu vois.

C’est à peine si un mouvement imperceptible s’est fait sentir autour de la frêle silhouette, toujours calme, sereine.

Le trio de garde poursuit son parcours régulier, formant un triangle presque parfait autour de leurs compagnons endormis. Au moindre (rare) bruit, il s’arrêtent, dressent les oreilles, leurs muscles bandés et leurs épées en avant. Après de longues minutes, ils reprennent leur ronde. Le feu brûle toujours, mais si faiblement que sa lumière ne s’étend pas à plus de quelques mètres. Si la neige craquante par endroit trouble régulièrement le calme de la nuit, les gardes ne semblent pas se rendre compte que les craquements ont ces dernières minutes pris une cadence régulière, lente mais sure, toujours plus proche.

-         Qu’avons nous fait, qu’ont-ils fait pour que la propre terre qui aurait du les nourrir en viennent à causer leur perte ? Ici, nul maison, nul construction. Eisen va engloutir des vies, et rien demain ne troublera le sévère paysage…

C’est dans un silence parfait, loin des yeux des guetteurs qu’une minuscule silhouette ailée à rejoint le campement, se laissant planer doucement. Son regard nyctalope perce sans mal l’obscurité ambiante. A quelques dizaines de mètres, des segments annelés d’un blanc laiteux sont sortis de la terre, perçant la mince couche neigeuse, avant d’y replonger. D’autres petits mouvement similaires sont perceptible dans les environs. Inexorablement, la distance avec le camp se réduit.

-         Il est encore temps de les prévenir, mais à quoi bon ? Autant le laisser dans son ignorance… Tant d’années ont passé qu’il doit croire que j’ai abandonné la partie… Et c’est bien ce que j’aurai voulu. Ne pouvait-il se contenter de ce qu’il avait ? Les enjeux sont bien trop élevés, et j’ai trop attendu, sans doute.

Les cris des gardes n’ont pas interrompu le monologue qui s’est juste fait plus lent, plus triste. Les hommes tentent désespérément d’atteindre leurs armes, enserrés par les multiples anneaux des Fleischwurms. La silhouette elle s’est remise en marche, rapidement rejointe par son compagnons ailé. Sur la neige blanche, aucune trace ne subsiste, pas mêmes celles de la lourde crosse de bois.

Extrémité nord du Verzweiflung (Freiburg) nombreuses âmes, Koningreï de Trague, trois deux heures avant l’aube…

Perdue dans le brouillard, la plus grande ville d’Eisen est calme, à défaut de dormir. Mais ici, aux alentours de la route menant vers Pösen, peu de constructions peuvent mériter le nom de « maisons ». Ici c’est une simple poutre posée sur un mur détruit ou jamais fini qui abrite une petite famille, d’autres plus loin ont tentés de construire une petite cabane dont plusieurs morceaux sont dispersés aux alentours. De nombreuses silhouettes sont visibles alentours. Pour faire face au froid, une seule solution, marcher, marcher et marcher encore, en espérant voir une fois de plus le soleil du matin se lever, pour prendre qui sait enfin un peu de sommeil dans un des abris de fortune. Si toutefois les rixes, fréquente dans les environs, ne dégénèrent pas. La vie dans le Verzweiflung est à l’image du pays.

-         A nouveau, le danger n’est pas où ils l’attendent. Les choses empirent… Il redevient plus intelligent, plus audacieux surtout. Je ne le pensais pas si fort pour oser frapper aux portes même de la ville. Si même ici ils ne sont plus à l’abri, qui pourra les protéger demain ?

La longue silhouette est tranquillement appuyée sur sa crosse, à moins de dix mètre d’un groupe d’habitants qui semblent pourtant ne pas la voir. Quelque en soit la raison, une arrivée bruyante capte bien vite leur attention : dans une série de piaillements progressent de petites silhouettes griffues. La panique s’installe dès la première exclamation :

-         Là devant ! Des kobolds ! a crié un homme

-         Aux abris !!!

Le jeune homme qui viens de s’exclamer voit les regards se tourner dans sa direction, sans qu’aucun de ses compagnons ne bougent. Il n’est dans le Verzweiflung que depuis peu. Sa naïveté aurait pu en d’autres endroit arracher un sourire. Il n’est ici nul abri, nul endroit « sûr ». Courir n’arrange rien, la seule chose à laquelle se raccrocher, c’est ici la foi. En Théus, en d’autres, en sa bonne étoile ou son destin. La main de la mort frappe une fois de plus à la porte, et chacun ici en est arrivé à l’accepter. Les premiers cris se font entendre, suivis des premières supputation quand à ceux qui manqueront le lendemain matin. Après avoir laissés quelques cadavres, les Kobolds s’en retournent généralement tranquillement d’où ils viennent. Pas ce soir. Un ordre, fort et sur, à jaillit

-         Ecartez-vous de la route.

Quatre silhouettes armée ont surgit de la nuit. Malgré la pénombre, on ne peut douter du statut militaire des nouveau arrivants. Ce n’est pas la première fois qu’ils viennent, bien que nul ne connaisse leurs objectifs ou même qui les envoie. La garde de Freiburg ne descend jamais dans la banlieue, et les gens parlent peu de leurs problèmes, tout accablants qu’ils soient. Si un espoir mesuré se fait sentir dans la foule, l’étrange observateur y reste bien étranger. Prenant son silencieux compagnon à témoin, il lance d’une voix triste

-         Et voilà donc son gibier de ce soir, et c’en est un de choix. Quatre de ceux qui tentent de limiter les dégâts. Ceux-là vendront cher leur peau. Ils sont braves, mais si peu nombreux, si démunis devant l’ampleur de la tâche.

Les quatre guerriers ont rapidement couvert l’espace les séparant des Kobolds, et un combat rapide s’est déclenché, avant que les monstres ne prennent la fuite, laissant plusieurs des leurs sur le terrains. Les hommes d’armes se lancent alors dans une rapide poursuite. Ce sera leur première et leur dernière erreur de la soirée. Autour d’eux se sont glissés de nombreuses ombres, des Kobolds bien sur, mais aussi d’imposants monstres de taille humaines, dont les griffes n’ont rien à envier à l’acier des « poursuivants ».

Ici pas de cris de désespoir. Quand ils ont compris qu’ils étaient cernés, les hommes se sont calmement réunis, et se sont défendus dos à dos, pied à pied. Attentifs, entraînés, ils ont abattu de nombreux monstres.

-         Ils savent ce qu’il va arriver, et ils ne perdent néanmoins pas espoir. Les gens d’ici sont fiers. Il est temps d’aller à leur rencontre. Je craint cette nécessité plus que tout, mais je ne peux m’aveugler… Je ne peux pas réussir seul. Je me souvient d’un de leurs Empereurs avec qui j’avais fait un pacte. Il m’avait appelé Der Alte, l’ancien. C’était vrai à l’époque, çà l’est encore plus aujourd’hui, je suppose. Mais comprendront-ils ? Sauront-ils faire la part des ténèbres ?

Au moment où le soleil allait poindre, bien après le départ de Der Alte, le dernier des guerriers tombé sous les coups de la horde. Des cris bestiaux ont salué la fin de ce héros à jamais inconnu…